Une jeune femme, employée de bureau dans une agence de communication, a décidé d’écrire un livre.

Dans son entourage professionnel, les commentaires vont bon train :

« Ce n’est pas parce qu'elle est mignonne qu’elle a quelque chose d’intéressant à raconter »

« Il faut du talent pour écrire un roman ! » « Elle ferait mieux de commencer par apprendre à écrire ! »

« Savez-vous ce qu'elle a écrit un jour ? » « L’orthographe c’est pas son fort… » etc.

Un week-end, la jeune femme se rend chez son père, antiquaire.

Elle lui parle de son projet de livre et des doutes qui l’assaillent suite aux remarques plus ou moins sournoises de ses collègues de travail. Voire, de ses amis…

« Mais pourquoi te laisses-tu atteindre ? »

« Ils connaissent bien l’écriture, ce sont des rédacteurs, tandis que moi... »

« Écoute ma chérie, j'ai un service à te demander, et cela te changera les idées. Il y a un vide grenier, demain matin, place de la mairie. Peux-tu aller vendre ce plat en faïence ? J'aimerais m'en séparer. Mets-le à 200 € minimum, s'il te plaît. »

« 200 € ! Ce n'est pas un peu excessif ? »

« Écoute, compte tenu du prix auquel je l'ai acquis, c’est un minimum. Et puis ça te fera une petite expérience de vente. »

Le lendemain, la future romancière passe sa matinée à tenter de placer le plat en faïence. Rien à faire. Quelques personnes s'y intéressent, mais aucune ne se décide à l’acheter.

Quand elle raconte sa mévente à son père, il lui dit: « Ce n’est pas grave, cet après-midi rend visite à cinq de mes confrères et présente leur le plat. Mais cette fois-ci, tu leur demandes seulement ce qu'ils seraient prêts à payer pour l’avoir. TU NE LE VENDS SURTOUT PAS !

Intriguée, elle se rend chez cinq antiquaires de la ville. Le premier lui propose de suite 400 euros, les suivants encore plus et l'un monte même jusqu'à 800 euros !

La jeune femme n'en revient pas. Son père lui demande :

« Pourquoi n'arrivais-tu pas à la vendre 90 euros ce matin ? »

« Parce que je me suis adressé à une clientèle qui ne connaissait pas le « Luneville », ils ignoraient la vraie valeur de ce plat »

« Et pourquoi mes confrères t'ont proposé autant ? »

« Parce que ce sont des professionnels. Ils ont tout de suite vu que ce plat était très ancien. Qu’il a donc une grande valeur. »

« Bien maintenant, pense à tes collègues. Pourquoi leur confies-tu le droit de juger ta propre valeur ? Sont-ils des experts ? »

« Non, pas vraiment »

« Vois-tu ma fille, ne tiens jamais compte des jugements de ceux qui ne sont pas experts. Écoute ton désir d’écrire ce roman. Et tu verras que ta valeur est bien plus grande que tu ne l'imagines. »